L'histoire du Pin Galant : la salle que Bordeaux n'avait pas construite

Inauguré en 1989 par Charles Aznavour, le Pin Galant est né d'un pari municipal : doter Mérignac d'une salle que la grande ville voisine avait jugée trop coûteuse. Trente-cinq ans et près de trois millions de spectateurs plus tard, retour sur son histoire.

Un projet que Bordeaux avait écarté

L'idée d'une grande salle de spectacle moderne circule depuis longtemps dans l'agglomération bordelaise : Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux, avait envisagé un équipement de ce type pour sa ville, avant d'y renoncer, le jugeant trop coûteux.

C'est finalement une commune voisine qui relève le défi. À Mérignac, le maire Michel Sainte-Marie porte le projet d'une salle de plus de mille places, capable de recevoir les grandes tournées comme l'opéra ou la danse. Le pari est audacieux pour une ville de banlieue : il s'agit de construire ce que la métropole n'avait pas osé.

L'architecture de François Lombard

Le bâtiment est confié à l'architecte François Lombard, qui avait travaillé au programme du Centre Beaubourg à Paris. Il conçoit un édifice qui associe le bois, le verre, le métal et le béton, loin de l'image d'une salle des fêtes municipale.

La salle principale compte environ 1 400 fauteuils. À ses côtés, le Pin Galant dispose d'un vaste espace, le Pavillon, de 1 300 m² sans piliers au rez-de-chaussée. Selon les configurations, le lieu peut accueillir de 200 à 1 400 personnes, ce qui lui permet d'être à la fois une salle de spectacle et un lieu de congrès.

20 janvier 1989 : Aznavour ouvre le bal

La salle est inaugurée le 20 janvier 1989, avec un concert de Charles Aznavour. Une anecdote est restée : le soir de l'inauguration, la peinture n'était pas terminée. Le chantier s'est achevé au plus juste, et la première soirée a eu lieu dans un bâtiment encore en finition.

Le choix d'Aznavour n'est pas anodin : il donne d'emblée le ton d'une salle destinée aux grands noms, mais aussi au public le plus large.

D'où vient le nom

Le nom du Pin Galant intrigue souvent. Une légende tenace l'associe à une forêt de pins où se retrouvaient les amoureux. C'est une belle histoire, mais c'est une légende : le nom vient en réalité d'un ancien domaine du secteur.

Ce domaine a appartenu, à partir de 1858, aux familles Seignouret et Samazeuilh. La Ville de Mérignac a acquis en 1980 la parcelle de l'ancienne Chartreuse de Pin Galant, un bâtiment qui a été détruit à l'été 1985. La salle a gardé le nom du lieu.

Une programmation qui ne choisit pas

Le Pin Galant n'a jamais choisi un seul genre. On y entend de la musique symphonique et de l'opéra, du jazz, on y voit du théâtre, de la danse classique et contemporaine, de l'humour, du cirque, des comédies musicales et des spectacles jeune public. Cet éclectisme est sa marque : c'est une salle où le même public peut venir voir un ballet en décembre et un humoriste au printemps.

Pour la saison 2026-2027, la Ville annonce 112 concerts et spectacles. Le lieu accueille aussi des congrès et des séminaires, plus de 160 jours par an.

Près de trois millions de spectateurs

Le bilan chiffré donne la mesure du succès. Entre janvier 1989 et juin 2023, le Pin Galant a accueilli plus de 2,9 millions de spectateurs, pour environ 3 200 représentations. Pour une salle d'environ 1 400 places, construite dans une commune de banlieue, c'est considérable : le pari de 1989 a largement trouvé son public.

Rénovations : 2011, puis 2026

Le bâtiment a évolué. En 2011, une importante opération d'extension et de restructuration a porté sur la salle, la cage de scène et les bureaux : 4 500 m² concernés, pour environ 6 millions d'euros, sous maîtrise d'ouvrage de la Ville de Mérignac.

En 2026, une nouvelle modernisation de plus d'un million d'euros a été annoncée : éclairage entièrement en LED, amélioration du son et de la machinerie de scène. De quoi accueillir des productions de tournée toujours plus exigeantes techniquement.

Le Pin Galant en quelques chiffres

  • 1989 : inauguration, le 20 janvier, avec Charles Aznavour ;
  • environ 1 400 fauteuils dans la grande salle, réductible à environ 800 ;
  • 1 300 m² sans piliers pour le Pavillon, au rez-de-chaussée ;
  • plus de 2,9 millions de spectateurs de 1989 à 2023 ;
  • 112 concerts et spectacles annoncés pour la saison 2026-2027 ;
  • 6 M€ de travaux en 2011, puis plus d'1 M€ en 2026.

Des chiffres qui résument une trajectoire assez rare : celle d'un équipement municipal de banlieue devenu une référence régionale, sans changer de vocation en plus de trente-cinq ans.

Qui fait vivre la salle aujourd'hui

Le Pin Galant reste un équipement de la Ville de Mérignac. Son exploitation est confiée à une société spécialisée dans le cadre d'une délégation de service public, renouvelée le 1er juillet 2025. La Ville continue de soutenir financièrement la salle, qui emploie une vingtaine de salariés. Depuis septembre 2026, une nouvelle grille tarifaire s'applique, avec des prix par catégorie de place et un tarif jeunes à 15 €.

Plus de trente-cinq ans après son ouverture, le Pin Galant reste ce qu'il était au départ : la grande salle de spectacle de l'ouest bordelais, desservie par le tram A. La programmation de la saison en témoigne.

Sources

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